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Le système sportif canadien est brisé. Une commission fédérale vient de le dire — et ce que cela signifie pour le soccer au N.-B

The NB Pitch · avril 7, 2026 · 15 min read

Le 24 mars 2026, la Commission sur l’avenir du sport au Canada a publié son rapport final — un document de 650 pages intitulé Transformer le sport au Canada : le temps d’agir. C’est le résultat de 18 mois de travail : 591 rencontres, des témoignages de plus de 1 000 personnes dont 175 victimes et survivants de mauvais traitements dans le sport, et des mémoires présentés par 270 organisations sportives à travers le pays.

Le message central du rapport est direct. La commissaire Lise Maisonneuve et ses conseillers spéciaux ont écrit dans leur préface que le système sportif canadien présente des défis « profonds » — « allant du sous-financement aux lacunes en matière de gouvernance, en passant par le dédoublement des efforts, la fragmentation et l’absence d’intégration des politiques et des programmes, jusqu’à une attention démesurée accordée aux résultats de haute performance au détriment de la sécurité et de la dignité des participants. » Ils ont ajouté : « Nous nous sommes parfois demandé si l’on pouvait même parler d’un « système sportif » compte tenu des problèmes généralisés qui existent. »

C’est une commission fédérale qui qualifie le système sportif canadien de brisé. Pas un critique de l’extérieur — l’organisme créé et mandaté par le gouvernement fédéral lui-même.

Pour quiconque est impliqué dans le soccer au Nouveau-Brunswick, dans les Maritimes ou partout au Canada, ce rapport mérite d’être compris. Il ne parle pas seulement des scandales olympiques et des abus envers les athlètes d’élite — bien que ceux-ci en soient au cœur. C’est un diagnostic approfondi d’un système qui régit le sport que pratiquent vos enfants, les clubs qui reçoivent des fonds provinciaux et fédéraux, et les entraîneurs qui travaillent avec des jeunes dans cette province chaque week-end.

Ce que la Commission a trouvé : un système fragmenté et sous-financé

La Commission a été créée en mai 2024 par le gouvernement du Canada, à la suite de nombreuses révélations publiques sur les mauvais traitements dans le sport — abus en gymnastique, natation, hockey, rugby et autres. Son mandat était d’examiner à la fois le sport sécuritaire et le système sportif dans son ensemble.

Ce qu’elle a trouvé va bien au-delà des individus abuseurs et des mauvais acteurs. La Commission a identifié un problème structurel : un système sportif dans lequel l’autorité est fragmentée entre des dizaines d’organisations sportives nationales, d’organismes provinciaux, d’organisations multisportives de service et de paliers gouvernementaux — sans qu’aucune entité unique ne soit responsable de la stratégie, de la surveillance du financement ou de l’application des normes.

Le rapport note que même les organisations sportives nationales qui reçoivent du financement fédéral ne respectent pas les conditions minimales en matière de sport sécuritaire rattachées à ce financement. Une étude de 2024 citée dans le rapport révèle que 4 entraîneurs sur 10 ne peuvent pas identifier les valeurs qui définissent une culture sportive positive. Entre 75 % et 85 % des athlètes canadiens déclarent avoir subi une forme de mauvais traitement au cours de leur parcours sportif, selon les études citées dans le rapport.

La Commission a également été directe sur les obstacles qui empêchent les Canadiens — particulièrement les jeunes de petites communautés, les nouveaux arrivants, les peuples autochtones, les personnes handicapées et ceux à faibles revenus — de pratiquer le sport. La participation sportive nécessite de l’argent, un accès aux installations et des programmes locaux disponibles. Dans de nombreuses régions du Canada, y compris les régions rurales et les petites villes du Nouveau-Brunswick, ces trois éléments font souvent défaut.

La grande proposition : une société d’État pour le sport

La recommandation structurelle la plus importante de la Commission est la création d’une Entité sportive centralisée — une société d’État fédérale, inspirée de ce que l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont fait avec leurs commissions sportives nationales, et similaire en structure au Conseil des arts du Canada.

La société d’État proposée regrouperait ce qui est actuellement dispersé entre Sport Canada, À nous le podium, l’Association canadienne des entraîneurs et d’autres organismes. Son mandat inclurait : la distribution de tout le financement fédéral du sport ; l’élaboration de la politique nationale du sport et de l’activité physique ; la surveillance des normes de gouvernance pour les organisations sportives financées ; et la gestion des programmes nationaux d’éducation au sport sécuritaire. Elle fonctionnerait à distance du gouvernement — conçue spécifiquement pour réduire l’ingérence politique dans les décisions de financement et de gouvernance du sport.

La logique est simple : la fragmentation actuelle signifie que personne n’est clairement responsable lorsque les choses tournent mal, et que personne n’a une vue d’ensemble de là où le sport canadien réussit ou échoue. Une entité unique avec un mandat clair, un financement stable et une indépendance par rapport aux cycles politiques changerait cela.

Ce n’est pas une petite proposition. Créer une société d’État fédérale nécessite une loi et une volonté politique importante. Le rapport le reconnaît — il propose une approche progressive, avec des responsabilités transférées à la nouvelle entité au fil du temps. Mais la recommandation est sans équivoque : le dispositif actuel ne fonctionne pas et une nouvelle structure est nécessaire.

Sport sécuritaire : les changements qui toucheraient chaque club

Les propositions de la Commission en matière de sport sécuritaire comptent parmi les plus pertinentes pour les clubs et les organisations sportives provinciales comme Soccer NB.

Le système national actuel de sport sécuritaire — le Programme canadien de sport sécuritaire, administré par le Centre canadien pour l’éthique dans le sport — ne couvre que les participants des organisations sportives nationales financées par le fédéral. Au cours de ses trois premiers mois d’exploitation (avril à juin 2025), le Centre a reçu 111 signalements. Seulement 11 relevaient de sa compétence. Des 100 qui n’en relevaient pas, 82 % concernaient le sport au niveau des clubs ou des provinces — exactement là où la majorité des néo-brunswickois pratiquent le sport.

La réponse de la Commission est un Cadre sportif multilatéral proposé : une entente fédérale-provinciale qui exigerait de chaque province et territoire, comme condition de financement fédéral, d’établir sa propre autorité indépendante de sport sécuritaire — une qui couvre tous les niveaux de sport, y compris les clubs, et pas seulement les organisations financées par le fédéral. Le modèle est explicitement tiré de la Loi canadienne sur la santé et des ententes fédérales-provinciales sur les services de garde.

Si ce cadre est mis en œuvre, une plainte contre un entraîneur d’un club de soccer communautaire à Moncton, Fredericton ou Bathurst aurait quelque part où aller — un organisme indépendant géré par la province avec la compétence et les ressources pour la traiter. Aujourd’hui, ce mécanisme n’existe largement pas.

Parallèlement, la Commission appelle à une Politique nationale de vérification des antécédents applicable à tous les entraîneurs, officiels, arbitres, bénévoles et employés en contact avec les athlètes — uniformisée dans tout le pays et subventionnée par le gouvernement fédéral. Elle appelle également à un Registre pancanadien des personnes sanctionnées, afin qu’un entraîneur suspendu dans une province ne puisse pas simplement déménager dans une autre et continuer à entraîner.

Ce ne sont pas des idées radicales. Ce sont des mesures de bon sens que la plupart des Canadiens supposeraient déjà en place. Le constat de la Commission est qu’elles n’existent largement pas — et que les lacunes sont les plus criantes exactement au niveau où la grande majorité des jeunes Canadiens, y compris les jeunes joueurs de soccer au Nouveau-Brunswick, pratiquent réellement leur sport.

Infrastructures et financement : les appels qui comptent le plus pour les petites provinces

Pour le Nouveau-Brunswick et les Maritimes, les sections du rapport sur les infrastructures et le financement sont peut-être celles qui auront la plus grande portée à long terme.

La Commission a noté que le dernier grand investissement fédéral complet dans la construction d’installations sportives remontait à 1967 — le centenaire. Beaucoup de ces installations n’ont pas été mises à niveau, rénovées ou remplacées. Le rapport décrit les infrastructures sportives canadiennes comme des « infrastructures essentielles » au même titre que les routes et les hôpitaux — et soutient qu’elles ont été systématiquement négligées.

Les appels à l’action de la Commission ici sont précis : une stratégie nationale d’infrastructures sportives développée en collaboration avec les provinces et territoires ; un programme fédéral dédié aux infrastructures sportives ; et l’obligation qu’un pourcentage défini des transferts fédéraux d’infrastructures aux provinces soit destiné aux installations sportives et récréatives. Elle demande également à tous les paliers gouvernementaux d’encourager l’investissement privé dans les infrastructures sportives, notant que la Banque de l’infrastructure du Canada exclut actuellement les installations sportives de ses catégories admissibles.

Pour une province comme le Nouveau-Brunswick — population plus petite, revenus moyens plus faibles, installations vieillissantes dans de nombreuses communautés — une stratégie nationale d’infrastructures avec un financement sportif dédié serait significative. La Commission a explicitement reconnu que certaines régions ont plus de richesse et d’infrastructures que d’autres, et qu’une stratégie nationale doit remédier à ces disparités.

Sur le financement plus généralement, la Commission a conclu que le modèle fédéral actuel est à court terme, fragmenté et fortement axé sur les résultats de haute performance. Elle a appelé à une nouvelle stratégie de financement à long terme accordant une importance égale à la large participation sportive et au sport de haute performance — un changement qui profiterait aux programmes communautaires, au sport jeunesse et aux clubs de base qui reçoivent actuellement peu de soutien fédéral direct.

La Commission a également mis en avant l’Initiative communautaire Sport pour tous — 10,5 millions de dollars sur 2024-2026, visant à éliminer les obstacles pour les groupes sous-représentés — comme un modèle à poursuivre et à développer. Elle a souligné que le financement de ce programme devait prendre fin en 2026 et a appelé à sa reconduction. Pour des organisations comme Soccer NB qui travaillent avec des populations de nouveaux arrivants, des jeunes de familles à faibles revenus et des communautés mal desservies, ce programme et son éventuel successeur influencent directement ce qui est possible au niveau provincial.

Ce que cela signifie concrètement pour le soccer au Nouveau-Brunswick

Le soccer est le sport le plus pratiqué par les enfants au Canada. Une enquête de Statistique Canada de 2005 citée dans le rapport de la Commission révèle que 40 % des enfants âgés de 5 à 14 ans jouent au soccer. Ce taux de participation reflète presque certainement la réalité du Nouveau-Brunswick — le soccer est le plus grand sport jeunesse de la province, géré par Soccer NB et offert par des clubs d’Edmundston à Sackville, de Moncton à Campbellton.

Les conclusions et propositions de la Commission touchent chaque niveau de ce système.

Sur le sport sécuritaire : si le Cadre sportif multilatéral est mis en œuvre et que le Nouveau-Brunswick établit une autorité provinciale indépendante de sport sécuritaire, la communauté soccer au quotidien — entraîneurs, joueurs, parents — aurait accès à un mécanisme de plainte qui n’existe pas actuellement pour le sport au niveau des clubs. Le travail accompli par Soccer NB pour développer des politiques de sport sécuritaire s’inscrirait dans un cadre plus cohérent et applicable. La politique standardisée de vérification des antécédents proposée s’appliquerait aux entraîneurs des clubs communautaires, comblant des lacunes qui sont aujourd’hui traitées de manière incohérente, si elles le sont.

Sur les infrastructures : le soccer néo-brunswickois se pratique sur un mélange de terrains et d’installations — certains bons, beaucoup vieillissants, et dans les petites communautés souvent limités. Le Fonds pour le développement des collectivités du Canada, dont le rapport note qu’il a soutenu le remplacement de gazon sur des terrains de soccer à travers le Canada, passe exactement par le canal provincial-municipal que la Commission souhaite voir mieux orienté vers le sport. Une stratégie nationale d’infrastructures sportives avec un financement dédié donnerait aux municipalités, aux conseils scolaires et aux organismes provinciaux des voies plus claires pour rénover ou construire les installations dont le soccer a besoin pour se développer.

Sur la participation et les obstacles : les conclusions de la Commission sur les obstacles financiers au sport sont directement pertinentes. Les frais d’inscription, les coûts d’équipement et les frais de déplacement empêchent les jeunes joueurs — particulièrement dans les familles à faibles revenus et les petites communautés — de jouer. La Commission a explicitement appelé à des programmes élargis pour subventionner les coûts de participation, à des programmes culturellement appropriés pour les nouveaux arrivants et les jeunes autochtones, et à ce que les écoles augmentent l’accès au sport et à l’activité physique. Au Nouveau-Brunswick, où le soccer est devenu un véritable vecteur d’intégration des nouveaux arrivants et de renforcement communautaire dans des villes comme Moncton, ces questions ne sont pas abstraites.

Sur la gouvernance : les appels de la Commission à des normes de gouvernance obligatoires pour toutes les organisations sportives financées — des conseils clairs, des contrôles financiers, une représentation des athlètes, des politiques transparentes — se répercuteront éventuellement sur les organisations sportives provinciales et territoriales. Soccer NB, comme tout OPT, évoluera dans un environnement qui exige de plus en plus le respect de ces normes comme condition de financement. Ce n’est pas un fardeau — c’est le type de cadre de responsabilisation qui protège l’organisation et les personnes qu’elle sert.

Une note sur les Maritimes dans l’ensemble

Le Nouveau-Brunswick n’est pas seul face à ces enjeux. La Nouvelle-Écosse et l’Île-du-Prince-Édouard font face aux mêmes lacunes infrastructurelles, à la même fragmentation du financement et aux mêmes défis en matière de sport sécuritaire au niveau des clubs. Les propositions du rapport, si elles sont mises en œuvre, toucheraient les trois provinces.

Un détail propre aux Maritimes mérite d’être souligné : la Nouvelle-Écosse est déjà en avance sur la courbe nationale pour au moins une des priorités de la Commission. Le rapport a spécifiquement cité le travail de Sport Nouvelle-Écosse sur la justice restauratrice dans le sport — en partenariat avec le Restorative Lab de l’Université Dalhousie — comme un modèle d’innovation provinciale en matière de sport sécuritaire. La Nouvelle-Écosse a piloté une approche restauratrice pour l’Équipe Nouvelle-Écosse aux Jeux du Canada d’été 2025. La Commission l’a souligné comme preuve que les provinces peuvent diriger en matière de sport sécuritaire même avant l’existence de cadres nationaux.

À noter également : Fredericton a été identifiée dans le rapport comme l’une des quatre villes du Canada choisies pour le programme ParticiPARCS — une initiative d’infrastructure sportive extérieure publique. Cette mention spécifique du Nouveau-Brunswick dans le contexte des infrastructures d’activité physique reflète le type d’attention nationale que ce rapport, s’il est suivi d’effets, pourrait amplifier.

Et maintenant ?

La Commission sur l’avenir du sport au Canada a terminé ses travaux. Le rapport final est maintenant entre les mains du gouvernement du Canada. La Commission a formulé 69 appels à l’action — non pas des recommandations au sens consultatif, mais des appels à des actions concrètes et précises de la part d’acteurs précis.

La mise en œuvre de ces appels dépendra de la volonté politique, des décisions budgétaires et des négociations fédérales-provinciales. Créer une société d’État nécessite une loi. Négocier un Cadre sportif multilatéral nécessite l’adhésion des provinces. Établir un registre national de sport sécuritaire nécessite l’harmonisation des lois sur la protection des renseignements personnels entre les juridictions. Rien de cela ne se fait rapidement ni automatiquement.

Mais la direction est claire — et pour le soccer au Nouveau-Brunswick, elle pointe vers des choses qui renforceraient le jeu à tous les niveaux. Un environnement plus sûr pour les jeunes joueurs, des clubs et des infrastructures mieux financés, des voies d’accès plus accessibles à la participation, et une structure de gouvernance qui tient les organisations responsables sans étouffer la communauté bénévole qui fait réellement fonctionner le sport.

Le dernier mot de la Commission dans sa préface était : « Le changement est absolument essentiel. »

La communauté soccer du Nouveau-Brunswick — joueurs, parents, entraîneurs, administrateurs de clubs et Soccer NB — a un intérêt direct dans la réalisation de ce changement, et dans la manière dont il se concrétise.


Source : Transformer le sport au Canada : le temps d’agir — Rapport final de la Commission sur l’avenir du sport au Canada, 24 mars 2026. Commissaire Lise Maisonneuve ; conseillers spéciaux Noni Classen et Andrew Pipe. Publié par le gouvernement du Canada / Patrimoine canadien.